
Mon assistant IA, qui tourne sur Claude, m’a rassurée un jour : mes données clients sont rangées dans une base à part, pas dans mes notes, donc à l’abri. J’ai posé la question dans l’autre sens. J’appelle cette base dans nos conversations : est-ce que c’est réellement cloisonné ?
Non. Quand je lui demande de chercher une ligne dans la base, cette ligne lui est envoyée, pour qu’il puisse me répondre. Ranger une donnée ailleurs ne la protège pas si elle remonte dans la conversation.
« En local » rassure, et c’est vrai à moitié. Voici les quatre questions que je me pose, avant de brancher une IA sur des fichiers.
Ce qui reste chez vous, et ce qui en part
Vos fichiers restent sur votre ordinateur. Mais l’outil lit ce dont il a besoin, et il l’envoie avec votre question à l’entreprise qui fait tourner le modèle : Anthropic pour Claude, OpenAI pour ChatGPT, Google pour Gemini, Microsoft pour Copilot, Mistral AI pour Le Chat.
Un exemple : vous demandez à l’une de ces IA de résumer un devis. Le texte du devis est envoyé avec votre question, pour qu’elle puisse le lire.
Seul un modèle installé sur votre propre ordinateur ne fait rien sortir. Des logiciels comme LM Studio ou Ollama permettent d’en faire tourner un chez soi. Ollama propose aussi des modèles dans le cloud : dans ce cas, ça sort de nouveau. Je ne les ai pas testés moi-même, et la puissance dépend de votre ordinateur et du modèle choisi.
Il n’y a pas besoin du dossier entier pour que ça compte. Une professionnelle indépendante ne lui avait donné que des extraits. Elle m’a pourtant dit que l’IA « a compris avec qui je travaille ». Quelques lignes suffisent.
Question 1 : qu’est-ce qui part, exactement ?
Avant de confier un document, je regarde ce qu’il contient. Sur un dossier de famille, je n’ai donné ni les numéros de compte ni les noms. Ça prend deux minutes. Ce qui n’est pas dans le texte ne peut pas en sortir.
Question 2 : par quelle porte ?
Le même modèle n’obéit pas aux mêmes règles selon la façon dont vous y accédez : un abonnement grand public (ChatGPT, Gemini, Copilot ou Claude, par exemple), ou un accès professionnel facturé à l’usage, avec une clé d’accès qu’on appelle une API. C’est ce choix, plus que l’outil installé chez vous, qui décide de ce que devient ce qui part.
Question 3 : combien de temps, et pour quoi faire ?
Deux exemples, lus chez les éditeurs le 3 octobre 2026.
Chez Anthropic, l’éditeur de Claude, avec un abonnement grand public : si le réglage qui sert à améliorer les modèles est activé, les données peuvent être conservées jusqu’à cinq ans, sous une forme dépersonnalisée. Une conversation que vous supprimez disparaît de leurs systèmes sous trente jours. Avec l’accès API, l’éditeur indique que les données conservées ne servent jamais à entraîner ses modèles sans votre autorisation expresse.
Chez OpenAI, l’éditeur de ChatGPT, avec l’accès API : les journaux de contrôle des abus sont conservés jusqu’à trente jours, et les données envoyées ne servent pas à entraîner les modèles, sauf si vous l’acceptez expressément.
Ces règles changent. Elles se lisent chez l’éditeur, le jour où vous décidez.
Question 4 : qui d’autre est dans la chaîne ?
Certains outils passent par un intermédiaire entre vous et l’éditeur du modèle, comme OpenRouter. C’est un acteur de plus, avec ses propres conditions. Pour des données de clients, c’est la liste qu’ils peuvent vous demander.
Une professionnelle indépendante qui travaille pour plusieurs sociétés s’est posé la question société par société : qu’est-ce que le contrat de chaque client l’autorise à faire entrer dans un outil ? La réponse n’est pas la même d’un client à l’autre, et ce n’est pas à l’outil de la donner.
Une page par outil
Écrivez ces quatre questions une fois, pour chaque outil que vous branchez sur vos fichiers : ce qui part, par quelle porte, combien de temps, qui d’autre. Si une réponse manque, l’outil n’est pas prêt à recevoir les données de vos clients.
Ce que l’outil peut faire seul est un autre sujet, traité dans l’article sur ce qui ne se délègue jamais.
Si vous envisagez d’installer de l’IA dans votre activité, voici comment je travaille.
Sources, lues le 3 octobre 2026 : Anthropic, durées de conservation pour les produits grand public ; Anthropic, API et conservation des données ; OpenAI, données et API.
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